Faire sa place et évoluer dans un milieu d’hommes : l’exemple de Clara Tairraz

J’ai rencontré Clara Tairraz lors d’une conférence. À sa poignée de main franche et ferme, à sa voix rocailleuse de fille sûre d’elle et affirmée, j’ai su que j’avais à faire à une personnalité que j’aurais le goût de découvrir.

Présentement directrice de clientèle Europe pour Made In, l’agence pionnière du marketing d’influence au Canada, Clara a débuté sa carrière dans un milieu d’hommes, pour vendre un produit que l’on associe facilement à ces messieurs (bien que de nombreuses filles aiment ça, moi la première) : la bière.

Comment, quand on est une jeune femme fraîchement sortie de l’école, arriver à trouver sa place dans une entreprise traditionnellement masculine ? Avec un peu d’audace, de la persévérance et une bonne dose d’humour, si l’on en croit Clara.

« Au début, je voulais montrer que j’étais tough»

Tout a commencé… en Argentine. C’est en effet là-bas que Clara a passé du temps lors d’un échange scolaire, et qu’elle est tombée en amour avec le pays. Bien décidée à y retourner (ce qu’elle a fait plus d’une fois depuis !), Clara comprend néanmoins que pour s’exporter professionnellement à l’étranger, elle devra acquérir des compétences transférables partout dans le monde : elle opte donc pour les Training Programs du groupe Labatt, notamment car l’un des principaux pays partenaires était… l’Argentine.

« J’ai commencé, en avril 2013, par passer 2 mois au bureau chef afin d’avoir une vue d’ensemble de tous les services. Puis je suis partie sur la route pendant 8 mois. À ce moment-là, j’étais la seule fille, que ce soit au sein de mon équipe ou parmi mes clients. Si j’avais des questions, je ne les posais pas : je voulais me débrouiller toute seule, montrer aux gars que j’étais tough», raconte-t- elle.

Ces 8 mois sur la route n’ont pas été les préférés de Clara, dont la nature sociable a souffert de la solitude.

« C’était surprenant pour moi, mais j’ai vite compris que c’était justement ce qui plaisait à mes collègues, cette liberté, ce côté solitaire. Moi je n’attendais qu’une chose : la réunion d’équipe du vendredi !», plaisante-t- elle.

Mais Clara prend son mal en patience car dès son arrivée chez Labatt, elle a vu sur l’organigramme le poste de ses rêves : directeur commandites et événementiel.

«Ça a été mon plus grand allié durant tout mon développement professionnel chez Labatt, confie-t- elle. Je savais où je voulais aller, et je l’ai annoncé tout de suite. J’ai montré à mes boss que j’étais déterminée et capable ».

Tirer profit des aspects plus «féminins» de sa personnalité

Son vœu est exaucé en octobre 2014. Elle est alors la première femme à occuper ce poste, traditionnellement laissé entre les mains d’hommes plus âgés.

Négociation de contrats, gestion de propriétés, relations avec les agences pour mettre en place les activations… La job est intense, mais Clara fait la différence en tirant profit des aspects de sa personnalité que l’on qualifie de féminins : attention aux détails, facilité dans les relations interpersonnelles, bonne vue d’ensemble…

« Sans faire de généralités, je pense que ces traits souvent définis comme étant féminins m’ont aidée à communiquer de façon très claire. Mes prédécesseurs étaient certainement un peu plus que moi sur le terrain, mais j’ai pris le temps de mettre en place des processus plus pointilleux, plus précis, ce qui a généré d’excellents résultats », explique Clara.

« C’est pas que tu deviens un gars… mais presque ! »

La première année en poste n’a pas pour autant été simple pour la jeune femme de 25 ans qu’elle était. Elle avoue avoir appris à devenir un peu « requin », à être directe et à ne pas laisser ses émotions dicter son comportement.

« Quand tu ne travailles qu’avec des gars, c’est pas que tu deviens un gars… Mais presque ! Il faut avoir un bon sens de l’humour, ne pas prendre les choses personnellement et comprendre que pour se faire entendre, il faut parler aussi fort que les hommes présents dans la salle. Et moi, quand je prenais la parole, je m’assurais toujours d’être bien préparée, d’avoir des chiffres, des réponses, du concret… Je ne sais pas si c’était un simple ressenti ou non, mais j’avais l’impression d’être davantage attendue au tournant parce que j’étais une jeune femme », explique-t- elle.

Une façon d’appréhender les choses qui a réussi à Clara puisque ses patrons lui ont fait totalement confiance, et n’ont pas hésité à la challenger pour la pousser toujours plus loin – dans le bon sens du terme.

Son attitude déterminée et gagnante lui a aussi valu le respect de ses pairs – en affirmant dès le début ses ambitions et en démontrant qu’elle donnerait le meilleur d’elle-même pour y arriver, Clara a su s’imposer.

Savoir communiquer ses objectifs et s’entourer de gens qui font grandir

Elle insiste également sur le rôle clé des différents « hommes de sa vie professionnelle », ces mentors qui ont guidé son apprentissage, chacun à leur manière.

« C’est quelques mois après avoir travaillé avec eux que je me suis rendue compte de tout ce que chacun de mes boss m’avait apporté. J’ai une chance incroyable d’avoir eu de tels mentors », se réjouit-elle.

Relevant aujourd’hui de nouveaux défis professionnels puisqu’elle s’aventure seule en Europe pour développer Made In sur le Vieux Continent, Clara avoue avoir acquis une belle confiance en elle avec les années, mais reste persuadée de l’efficacité d’une devise qui lui a servi pour imposer sa chance chez Labatt : « fake it until you make it ».

« L’idée, c’est d’avoir une bonne attitude, qui laisse penser que l’on maîtrise tout de A à Z. En voyant ça, les gens y croient, et indirectement, ça donne confiance et ça permet d’atteindre ses objectifs », explique-t- elle.

On lui souhaite toute la réussite qu’elle mérite !

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