Camille Alicot | De la guimauve à l’entraide au féminin

Fondatrice de Biscuits & Cie, Camille Alicot a un projet ambitieux: associer les femmes en difficulté, victimes de violence et dans le besoin à sa production de guimauves et autres gourmandises. Portrait d’une jeune femme déterminée à faire bouger les choses.

Ce mardi soir, j’ai rendez-vous avec Camille Alicot, la fondatrice de l’appétissant site Biscuits & Cie. Au menu de sa petite entreprise, fondée en novembre 2015, de la guimauve, des sablés, des scones, bref: des gourmandises à croquer – faites maison, et 100% naturelles, svp!

Menue, les cheveux courts, de grandes boucles d’oreilles et l’avant-bras droit entièrement tatoué, Camille m’accueille à la table du bar avec un immense sourire. Il me faut peu de temps pour comprendre que j’ai à faire à une jeune femme extrêmement curieuse, déterminée et, pour sûr, à une future amie.

Camille a étudié en gestion, en économie et en science; elle a travaillé dans la vente, l’administration et la publicité, mais elle a aussi été herboriste, comportementaliste canin et assistante vétérinaire. Avide de connaissances, dévoreuse de lectures en tous genres, Camille est la curiosité incarnée.

C’est aussi une jeune femme que la vie n’a pas épargnée, mais qui a décidé que les coups durs qui ont marqué son histoire seraient sa force, et non sa faiblesse.

Il y a un peu plus de cinq ans, elle s’offre elle-même, pour sa fête, un stage en viennoiserie chez Christian Faure: «je suis arrivée là à 7h du matin, et je ne suis plus jamais repartie», plaisante-t-elle. À la demande de la jeune femme, le chef pâtissier – Meilleur Ouvrier de France – la fait d’abord travailler bénévolement, les fins de semaine, puis la prend en apprentissage pendant un an.

«C’était génial. Autant j’ai toujours su au fond de moi que j’allais être mon propre patron, autant faire quelque chose lié à la nourriture a été une véritable révélation».

Suite à son apprentissage, Camille lance son service de traiteur salé, qui fonctionne très bien, très vite, mais la passion n’est pas tout à fait là: c’est le sucré qui plaît à notre jeune entrepreneure, qui décide donc, en novembre 2015, de se concentrer sur les gourmandises et, en janvier 2016, sur les guimauves en particulier.

Perfectionniste et surtout bien décidée à réussir sa business, Camille suit une formation au SAJE, et ne tarde pas à prendre un mentor pour avancer sur les bons rails: «quand on sort de formation, on pense que l’on va s’envoler, mais en fait il y a de bonnes chances pour que l’on s’écrase si on va trop vite!», affirme-t-elle en riant.

L’objectif de Camille? Faire assez d’argent pour commencer, en janvier 2017 selon ses plans, à nouer des partenariats avec des organismes venant en aide aux femmes en difficulté, qui ont subi des violences, sont à la rue, ont du mal à s’en sortir d’une façon générale et ont donc un besoin vital de trouver un emploi.

«Ce projet est basé sur mon vécu: dans ma famille, il y a eu beaucoup de tempêtes. Personne n’a coulé, mais on chaviré plus d’une fois. Ma mère, ma grand-mère, ma soeur et moi, nous sommes des femmes très fortes. Je suis extrêmement sensible à la justice, à l’équilibre des choses et à l’être humain, et selon moi, avoir une entreprise, c’est avoir une responsabilité sociale. Il était logique pour moi de venir en aide aux femmes qui en ont besoin».

Concrètement, Camille commencera par recruter ces femmes sans leur demander ni CV, ni références, ni expérience. Ce qu’elle veut, c’est de la motivation – la formation se fera à l’interne.

Dans un deuxième temps, lorsque Biscuits & Cie aura grandi et qu’il y aura davantage de types de jobs (marketing, administration, ventes, production, etc.), Camille fera en sorte que chaque personne recrutée fasse un stage de plusieurs semaines à chacun des postes.

«C’est comme ça que l’on découvre des talents! En plus, cela permettra à toutes les filles de comprendre le quotidien de leurs collègues, et je pense que c’est ainsi que l’on fondera notre ‘famille’ Biscuits & Cie», explique-t-elle.

Enfin, dans un troisième temps, Camille aimerait mettre en place des programmes de financement pour soutenir les femmes qui souhaiteraient partir, elles aussi, leur propre affaire.

Un projet ambitieux donc, mais Camille l’affirme haut et fort: elle a la hargne, et compte bien atteindre ses objectifs. Accompagnée de son mentor, bien entourée de sa famille – notamment sa soeur, qui est également sa «goûteuse» en chef – et de ses amis, elle met tout en oeuvre pour arriver à ses fins. Et après quelques heures auprès de cette boule d’énergie, le doute n’est tout simplement pas envisageable.

«C’est vraiment mon histoire personnelle qui m’anime: plus jeune, alors que j’avais besoin d’aide, personne ne m’a tendu la main. Or, selon moi, l’entraide est primordiale, il n’y a rien de plus important. Et je me sens confortable à aider les femmes parce que je pense pouvoir comprendre ce qu’elles ressentent, ce qu’elles vivent. J’ai envie de devenir un modèle, je suis passionnée par ce que je fais: si je peux apporter ne serait-ce qu’un dixième de ça à une autre femme, je serai la plus heureuse», déclare-t-elle.

Travailleuse, Camille fait tout en solo, de la recherche des meilleures matières premières à l’élaboration de nouvelles saveurs de guimauves. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de tester une nouveauté: la guimauve à la fleur d’oranger. Un régal.

«Être entrepreneur, ça prend beaucoup de qualités. Si je fais tout de A à Z, je sais en revanche qu’il est primordial de savoir s’entourer. Il faut aussi aller de l’avant, ne pas avoir peur de poser des questions pour trouver l’information. Aller voir les gens, parler, réseauter, c’est très important. Il faut aussi connaître ses chiffres et son marché sur le bout des doigts», indique-t-elle.

Camille est lucide: elle sait que pour pouvoir aider les autres, il lui faudra les fonds nécessaires et une entreprise qui roule. Mais elle apprend la patience et surtout, elle garde le cap:

«Je ne cherche pas à faire fortune, je veux juste pouvoir m’offrir une moto! [rires] Et surtout, je veux que ma trésorerie me permette d’aller au bout de mon idée».

C’est tout ce qu’on lui souhaite!

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