« Être une femme dans un milieu d’hommes est une opportunité à saisir »

Maud Cohen est une femme connue et reconnue. Madame l’ingénieure qui en est à son troisième mandat à la présidence de l’Ordre des Ingénieurs du Québec est passionnée de son métier : il suffit de l’entendre en parler pour le croire. Cette femme a selon moi un parcours remarquable : elle a 37 ans seulement quand elle est élue à la tête de l’OIQ. Il serait pertinent de mentionner qu’en 92 ans d’existence, l’Ordre des ingénieurs a connu trois femmes présidentes, et Maud et la première depuis les 30 dernières années… Loin de se laisser atteindre par ces chiffres, Maud Cohen « [Je] crois plutôt que les membres des deux sexes ont vu l’élection d’une femme d’un bon œil »

Diplômée en génie industriel de l’école Polytechnique au milieu des années 90, Maud Cohen obtient son MBA en 2004 à HEC. D’abord élue comme administratrice à l’OIQ, elle prend la présidence en 2009, alors qu’elle occupe un poste important dans une firme d’ingénieurs. Mais dès son arrivée à la tête de l’OIQ, les scandales ne cessent de s’accumuler : scandale des compteurs d’eau, financement occulte des partis politiques, allégations de collusion et de corruption dans le domaine de la construction… En dépit des coups durs qu’encaisse la profession, Maud demeure confiante en son mandat, persiste et signe : elle veut redorer l’image de la profession car « il y a 62 000 ingénieurs au Québec et la majorité d’entre eux sont d’excellents professionnels, des gens qui suivent leur code de déontologie et qui n’ont rien à se reprocher dans tout ce qui est dit.”

Parmi les enjeux qui guettent cette profession, Maud Cohen insiste sur la relève : « sur les 62 000 ingénieurs, 13% sont des femmes…. La situation est criante. Pour former la relève, les femmes constituent un bassin exceptionnel.« Vous remarquerez comme moi qu’on parle très souvent de « femmes dans les métiers non traditionnels » et d’initiatives à mettre sur pied afin d’améliorer leur visibilité mais également leur présence. Pour ma part, j’avouerais que je n’ai jamais trouvé que l’ingénierie était un métier « non traditionnel » pour les femmes. Ma sœur est une jeune ingénieure qui fait ses preuves et je ne l’ai jamais vue comme une « femme dans un métier d’hommes ». En dépit de ce constat, je ne saurais être insensible au fait que des femmes en ingénierie, et dans d’autres secteurs « traditionnellement masculins », doivent surmonter de sérieux problèmes issus des disparités entre les sexes lorsqu’elles veulent accéder à des postes plus élevés, mieux payés ou tout simplement au marché du travail. Maud Cohen pour sa part, affirme que « personnellement, je n’ai jamais vécu d’enjeu relié au genre, mais mes collègues de la construction en ont le plus souffert ».

Depuis la tragédie du 6 décembre 1989, on a senti à travers la province que les mesures et les politiques pour la formation et le recrutement des femmes en ingénierie se sont multipliés rapidement. Différents types de bourses et de prix ont été créés pour les femmes ingénieures, pour les étudiantes et pour le recrutement d’enseignantes. Nombre d’efforts ont été faits pour intéresser davantage les jeunes filles et les femmes au secteur de l’ingénierie. Toutes ces initiatives, bien sûr, ont une influence positive sur les taux d’inscription. Mais on ne saurait attribuer au 6 décembre tous ces changements… Il y a eu également une hausse de la demande d’ingénieurs sur le marché du travail, un meilleur accès aux études supérieures pour les Canadiennes en général et l’impact du mouvement des femmes qui semblent avoir un rôle déterminant dans l’augmentation du nombre d’inscriptions venant des femmes.

Aujourd’hui impliquée à temps plein dans son rôle de présidente, Maud Cohen est une femme à connaître, mais surtout à surveiller. Représenter quotidiennement une profession à 87% masculine ne doit pas être une mince affaire.

Il fallait absolument que je souligne, d’une manière ou d’une autre, le génie de cette femme.

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