« L’OSM, c’est le vrai défi de ma vie »

Pour celle qui assure la direction générale du plus prestigieux orchestre symphonique professionnel du Canada et d’un des meilleurs en Amérique, rien ne pouvait prédire qu’elle serait aujourd’hui à ce poste. « Je ne sais pas particulièrement ce qui m’avait motivée à aller en culture. Mais j’aimais voir le rayonnement de la culture, j’aimais voir le public dans les salles, et j’ai toujours aimé les artistes ».  Madeleine Careau débute sa carrière avec les grands noms, notamment Luc Plamondon qu’elle assiste dans le montage financier de la comédie musicale Notre-Dame de Paris. « J’étais intéressée à voir quel était le meilleur parcours pour l’œuvre et ce qui serait idéal en terme de qualité de production.  On a trouvé les 10 millions qu’il nous fallait, et nous avons monté le projet.  Et la pièce a connu un vif succès en France et au Québec»

Une expertise qui ne tardera pas à se faire valoir puisque c’est un chasseur de têtes qui la contacte en 1999 pour lui demander de poser sa candidature à la direction générale de l’OSM. « J’ai trouvé ça curieux et au début j’hésitais mais il m’a dit qu’à l’OSM, on avait entendu parler de moi. J’ai donc décidé d’écrire un cv pour la première fois de ma vie, et puis voilà, ils m’ont choisie. »

 Elle arrive donc en 2000 à la tête d’une entreprise à l’aube d’une redéfinition stratégique. « J’ai fait un pari en arrivant, celui d’établir l’équilibre financier à l’OSM ». Une promesse qu’elle a tenue, non sans de lourds sacrifices. « Il a fallu que je réfléchisse à mon arrivée, et je l’ai fait pendant 6 mois.  Avec un consultant en RH, on a redéfini chacun des postes et le profil requis pour les remplir. » Un exercice qui l’amènera à se défaire de certains postes, à imposer des coupures budgétaires et par dessus ces mesures drastiques à viser une carrière internationale pour l’OSM, et l’obtention d’une nouvelle salle. Un agenda bien rempli, si vous voulez mon avis! De plus, le départ fracassant de Charles Dutoit en 2002, alors directeur musical de l’OSM, n’arrange pas la situation, bien au contraire. « Son départ a jeté une grosse couche d’ombre sur l’OSM à l’échelle nationale et internationale. J’en étais un peu triste, mais je me suis dit qu’il fallait transformer ça en opportunité». C’est ainsi que Madeleine cherche et trouve la pièce manquante au puzzle qu’elle tente d’assembler et invite Kent Nagano à assumer cette fonction centrale au sein de l’OSM. “C’est une chose de courir après quelqu’un, c’est est une autre de le convaincre ! », se souvient-elle en parlant de l’arrivée de Nagano en 2006. Une décision dont elle peut être fière puisque Nagano se révèle être à l’OSM ce vent d’air frais dont l’entreprise avait besoin pour traverser une période grise.

« Focus, résilience, passion et goût de réussir seraient pour moi les principales qualités à avoir pour réussir. Mais principalement, à l’OSM, on apprend l’humilité parce qu’on réalise qu’on est au service de l’entreprise ». Madeleine Careau soulève là tout le défi qu’impose, on l’imagine,  la gestion d’une entreprise qui a une envergure nationale et internationale, et surtout qui a des comptes à rendre à des entités distinctes. « C’est un challenge constant de gérer tout ça. Et oui, on est une entreprise à part entière puisqu’il faut développer notre produit et notre plan stratégique.” Des éléments clés que tout vrai entrepreneur comprend, et qui deviennent de plus en plus difficiles dans un contexte où le produit vendu est loin d’être une priorité pour le consommateur final. D’où la nécessité de redoubler constamment d’efforts, ce que n’ont jamais manqué de faire Madeleine et son équipe. « C’est comme ça au Québec ; c’est un défi d’être le numéro 1, de sortir la tête du lot ». Pour ma part, j’espère bien que ce n’est pas seulement au Québec que cela prend une telle audace pour créer sa place et laisser sa marque! Mais je crois ne pas être la seule à penser que l’OSM a réussi toutefois à décrocher une place privilégiée dans le cœur des montréalais, entre autres.

Au programme pour l’OSM? « Survivre! » répond énergiquement sa directrice générale et chef de la direction. Avec Madeleine Careau à la tête, on peut dire que l’OSM fera bien plus que survivre.

Rédigé dans le cadre d'une collaboration avec Femmessor-Montréal
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