« Prendre un temps de recul et redevenir humble »

Ma seconde fois au VanHorne restaurant fut toute aussi plaisante. Après avoir goûté aux créations du talentueux chef Eloi Dion, j’étais intriguée de découvrir les astuces et secrets de réussite de la propriétaire, Sylvie Lachance.
Née à Montréal, celle qui a été tout à tour serveuse, comédienne, gérante d’artistes et attachée culturelle pour le Canada ajoute une toute nouvelle carrière à son actif. « J’ai beaucoup de difficulté avec ce mot [réussite] là » m’avouera-t-elle. « Dire qu’on a réussi est pour moi un peu prétentieux. Je peux dire qu’avec le restaurant, à date, on n’a pas fait de faux pas. On a eu raison avec le décor, on a eu raison avec le genre de cuisine que le chef propose. On peut dire que ça c’est une réussite ».

Je crois que je ne suis pas la seule à approuver cette affirmation. À une époque où les plus alertes cherchent à manger moins de gras et de viande rouge, le restaurant VanHorne offre une cuisine moderne, inspirée de produits frais et qui suit les tendances du marché. Suivre une direction « qui fait du sens dans l’alimentation », tel a été la ligne directrice dès l’ouverture de l’entreprise.

L’aventure entrepreneuriale commence pour Sylvie Lachance et son partenaire dans la vie et en affaires par un intérêt à ouvrir un bar de cocktails et vins raffinés au centre-ville de Montréal.  Arès une longue période de négociation, le propriétaire décide de ne plus vendre, laissant les associés désemparés. « En l’espace d’une semaine, nous avons complètement changé d’idée et de stratégie ». Ils décident alors de faire « plus petit » dans leur quartier de résidence à Outremont. « Mon plan marketing et mon étude de marché ont été faits en 24 heures! » s’exclame-t-elle. « Une chose surtout à ne pas faire » prévient-elle toutefois. « Je ne me suis même pas rendue compte de l’ouverture du restaurant ! C’est mon grand mystère ; je me pince des fois, je me demande si c’est vrai que j’ai un restaurant. Je ne sais vraiment pas comment c’est arrivé »

Elle me confiera par la suite qu’ « il y a quelque chose que je sais faire ; je sais vendre. Et je connais le quartier ; je n’avais pas besoin de recherche pour le savoir. Si j’avais un conseil à donner pour quelqu’un qui démarre en affaires, c’est d’avoir un bon plan marketing et de faire une étude de marché car ce sont des étapes très importantes ». Ces conseils viennent clairement d’une femme qui a su choisir mettre ses qualités et compétences au profit d’un objectif clair et d’une vision ferme. « C’est important de prendre du recul et se rappeler de l’objectif initial. Dans un démarrage d’entreprises, il faut toujours faire cet exercice, revenir en arrière et se dire « qu’est-ce qu’on fait ? », « où en sommes-nous? », « suis-je sur le droit chemin?» ; redevenir humble est crucial car il très facile d’oublier et se laisser détourner de notre parcours vers la réussite. Des fois, ça aide de l’inscrire sur  un tableau,qui est très visuel et que l’on regarde en permanence »

Après 30 ans dans le milieu culturel, dans la production de spectacles, le lancement d’artistes et le micro management de personnalités, elle compare aujourd’hui sa nouvelle vie à une pièce de théâtre. « Pour moi, ici c’est une scène. Je suis la productrice, mais aussi des fois actrice. Comme si nous étions des saltimbanques. En arrière il y a les costumes,  l’équipe prépare et répète les rôles que chacun va jouer au cours de la soirée, et le public [les clients] rentre; Showtime. Les applaudissements pour nous, ce sont le sourire et les assiettes vides. »

Une équipe qui, au départ a eu de la difficulté à se définir sa mission, n’aura selon moi certainement aucune  peine à tracer son avenir.

Crédit photo: Dominic Gauthier
Publicités